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Nom du site |
: SCANDALES FRANÇAIS |
| Chapitre | : IV°) CORRUPTION ET APPELS D'OFFRES |
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04-39°) Rapport sur la fraude fiscale, l'évasion fiscale, les faux en écriture:
La fraude fiscale n'est pas du fait de la population, mais bien d'une élite qui est à la tête des nations. Les uns sont impliqués dans les trafics d'armes, les autres dans les trafics de drogue, quand ce n'est pas la prostitution ou la traite des blanches et d'enfants. Tous ces trafics nécessitent l'utilisation de faux documents ou la complicité de dirigeants politiques qui font passer des législations appropriées, qui permettent l'évasion des capitaux pour les uns. L'état sutaxe la population mais détaxe en quelque sorte l'élite.
Exemple, pour le gouvernement JOSPIN, les commissions des intermédiaires ne seront plus sou:mises à une déclaration au service des douanes de Bercy, pour éviter que les juges tentent de venir y fourrer leur nez comme cela est arrivé à la mi-2001. Qui sont ces intermédiairs, des élus, des hommes politiques et le plus souvent des ministres et ex-ministres. D'ailleurs le Luxembourg excédé par les polémiques et les rapports de nos parlementaires, a proposé ou menacé, tout dépend de quel côté de la barrière on est, de lâcher quelques noms en rapport avec les ventes d'armes, selon une dépêche de l'AFP de fin janvier 2002. Inutile de préciser que la population française est tout à fait d'accord, cela permettra de faire un peu de ménage à gauche et à droite ou à droite et à gauche. Je pense que nos hommes politiques qui prônent la moralité, ne verront aucun inconvénient à encourager cette aimable initiative luxembourgeoise.
ASSEMBLEE NATIONALE RAPPORT D'INFORMATION
N° 1802Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 8 septembre 1999
DÉPOSÉ
en application de l'article 145 du RèglementPAR LA COMMISSION DES FINANCES, DE L'ÉCONOMIE GÉNÉRALE ET DU PLAN (1)
sur la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales,
ET PRÉSENTÉ
PAR M. JEAN-PIERRE BRARD,
Député.--
(1) La composition de cette commission figure au verso de la présente page.
Impôts et taxes.
Partie I (chapitre Premier et chapitre II)
Pour en faciliter la consultation, ce rapport a été découpé en quatre parties: Pour consulter l'introduction
Pour consulter le chapitre 1
Pour consulter le chapitre 2
Pour consulter le chapitre 3
Pour consulter le chapitre 4
Pour consulter l'annexe 1 et 2, cliquer iciA la suite du rapport d'étape N°1105 , intitulé « Fraude et évasion fiscales : une intolérable atteinte à l'impôt citoyen », le présent rapport s'intéresse à l'ensemble des aspects nationaux et internationaux de la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales. Il propose ainsi :
- de lutter, par des actions multilatérales menées au niveau de l'OCDE et à l'échelon communautaire, mais aussi par des initiatives nationales, contre les paradis fiscaux, bancaires et judiciaires et les régimes fiscaux préférentiels, en raison de l'importance croissante de la dimension internationale de la fraude et de l'évasion fiscales ;
- de renforcer les dispositifs de sanction des fraudes à la TVA intra-communautaire, notamment des fraudes tournantes de types « carrousels » ;
- de compléter, dans une perspective dynamique prenant en compte la nécessité d'une réforme fiscale d'ensemble, le dispositif législatif de la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales.
SOMMAIRE
Pages
___INTRODUCTION 15
CHAPITRE PREMIER : LA MODERNISATION DES MODALITÉS DU CONTRÔLE FISCAL : UNE OPTION ESSENTIELLE DANS LE CADRE D'UNE RELATION RENOUVELÉE AVEC LE CONTRIBUABLE 25
I.- L'ADOPTION D'UNE NOUVELLE APPROCHE DES RELATIONS ENTRE L'ADMINISTRATION ET LE CONTRIBUABLE DANS LE CADRE DE LA RÉFORME DU MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE 26
II.- LA RÉORIENTATION DES MODALITÉS DU CONTRÔLE FISCAL 33
A.- LE RECOURS À L'ANALYSE DE RISQUE : UNE INNOVATION APPRÉCIABLE 33
B.- L'ADAPTATION DES PROCÉDURES DE CONTRÔLE EXTERNE DES PME : UNE MESURE CONFORME AUX ENJEUX 37
III.- LES PROPOSITIONS DE VOTRE RAPPORTEUR POUR FACILITER PLUS ENCORE L'ACCÈS DU CITOYEN À LA LOI FISCALE ET À L'ADMINISTRATION FISCALE 40
A.- L'AMÉLIORATION DE LA TRANSPARENCE DU RECOUVREMENT DES RAPPELS D'IMPOSITION 40
B.- L'AMÉNAGEMENT DES PROCÉDURES DE MÉDIATION LORS DES OPÉRATIONS DE CONTRÔLE FISCAL 41
C.- LE RENFORCEMENT DE LA FORMATION ET DE L'INFORMATION DU CITOYEN SUR LA RÈGLE FISCALE 42
1.- La mise en _uvre de campagnes d'information sur les dispositions adoptées dans les lois de finances 42
2.- L'enseignement des éléments de base sur les impôts et la fiscalité dans les écoles, dans le cadre de l'instruction civique 43
CHAPITRE II : LA LUTTE CONTRE LA GRANDE FRAUDE ET L'ÉVASION FISCALES INTERNATIONALES 45
I.- LES PARADIS FISCAUX ET LES RÉGIMES FISCAUX PRÉFÉRENTIELS : DES LIEUX DE « FLIBUSTE » FISCALE, OÙ LA FRAUDE ET L'ÉVASION FISCALES CROISENT LES PRODUITS FINANCIERS DE LA GRANDE CRIMINALITÉ ORGANISÉE 47
A.- LES PARADIS FISCAUX : UN CADRE PROPICE À L'ÉPANOUISSEMENT DE LA FRAUDE FISCALE COMME DE LA GRANDE CRIMINALITÉ FINANCIÈRE INTERNATIONALE 50
1.- Les éléments caractéristiques des paradis fiscaux : une faible fiscalité ; un secret bancaire absolu ; la préservation de l'anonymat des propriétaires de sociétés ; une coopération fiscale et judiciaire réduite voire inexistante 52
a) L'absence d'impôt ou une faible fiscalité directe, pour les non-résidents tout au moins 52
b) L'absence de coopération avec les autres Etats en matière fiscale pour la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales 54
c) Un secret bancaire très protégé, qui n'est levé que dans des cas très rares et pour les seuls cas de blanchiment d'argent ou d'infractions pénales lourdes 55
d) Des formalités de création et de gestion de sociétés assez réduites 57
e) La possibilité de constituer aisément des trusts 59
f) Un droit de sociétés et des trusts garantissant l'anonymat des propriétaires ou bénéficiaires réels 62
g) Une coopération pénale assez limitée 64
h) La présence complémentaire d'une zone franche, parfois 64
2.- Le lieu privilégié de l'épanouissement de la fraude et de l'évasion fiscales, ainsi que de la grande criminalité financière 66
a) La complexité des motifs de l'implantation dans les paradis fiscaux : une réalité largement illustrée par l'histoire 67
b) Les montages à des fins de fraude ou d'évasion fiscales : des procédés classiques et largement connus 70
c) La communication à partir de certains paradis fiscaux : une véritable incitation à la fraude fiscale 84
d) Le recyclage financier à des fins de blanchiment des capitaux d'origine criminelle : des mécanismes reposant sur les mêmes circuits que ceux utilisés pour la fraude fiscale 85
e) Les opérations susceptibles d'être réalisées dans des paradis fiscaux à des fins ni fiscales ni criminelles 92
3.- Des désavantages, en termes de coût et d'insécurité juridique, qui seraient dirimants s'il n'y avait pas l'attrait de l'anonymat 95
a) Des prestations d'un intérêt objectif limité en raison du niveau élevé des coûts de gestion 95
b) Une certaine insécurité juridique et de nombreux exemples d'escroquerie 99
4.- Une masse considérable de capitaux qui explique la forte rentabilité des très nombreuses institutions financières et bancaires qui y sont implantées 101
a) Des institutions financières très nombreuses 101
b) Des implantations bancaires très rentables malgré des coûts parfois élevés 102
c) Des capitaux hors de proportion avec la taille et le rôle économique des territoires concernés 103
5.- Les nouveaux risques électroniques 107
B.- LES RÉGIMES FISCAUX PRÉFÉRENTIELS : UNE CONCURRENCE FISCALE FORTEMENT DOMMAGEABLE DANS LE CONTEXTE DE LA GLOBALISATION ÉCONOMIQUE ET UN POINT DE PASSAGE VERS LES PARADIS FISCAUX 108
1.- La différence entre paradis fiscal et régime fiscal préférentiel 108
a) La différence de concept 108
b) Les effets de la concurrence fiscale : des pertes de base taxable et des pertes d'emplois dans les Etats à fiscalité normale 110
2.- Les principaux exemples de régimes fiscaux préférentiels pour les entreprises 111
a) L'imposition à taux réduit des centres financiers 112
b) Les rulings néerlandais 113
c) Les sociétés holdings du Luxembourg, de Belgique et des Pays-Bas, ainsi que de Suisse 115
d) Les quartiers généraux et centres de coordination 123
e) Le capital informel (Infocap) 125
f) Les règles spécifiques à certaines activités 126
g) Les zones franches 126
h) Les sociétés off shore ou non résidentes 126
3.- La fiscalité des personnes physiques : l'exemple du forfait en Suisse 128
4.- La face moins connue des régimes fiscaux préférentiels : un point de passage parfois aisé vers certains paradis fiscaux 129
a) Les sociétés exportatrices américaines : les Foreign Sales Corporations 129
b) Les Antilles néerlandaises : le « sandwich » néerlandais 130
c) La finance branch implantée en Suisse 134
d) Des régimes parfois favorables au blanchiment des revenus d'activités criminelles 135
5.- Le problème des régimes fiscaux de fait 136
a) Saint-Martin et Saint-Barthélémy 136
b) Campione 139
II.- LE DÉMANTÈLEMENT DES PARADIS FISCAUX ET DES RÉGIMES FISCAUX PRÉFÉRENTIELS : SOUTENIR LES ACTIONS MENÉES AUX PLANS COMMUNAUTAIRE ET INTERNATIONAL 140
A.- LA LUTTE CONTRE LES PARADIS FISCAUX POUR DES MOTIFS DE DROIT PÉNAL OU DES CONSIDÉRATIONS PRUDENTIELLES : DES ACTIONS COMPLÉMENTAIRES AUX INITIATIVES FISCALES 141
1.- Les initiatives à objectif bancaire et financier : une contribution aux réflexions sur la stabilité du système financier international 141
2.- Les initiatives menées contre les paradis fiscaux dans le domaine du blanchiment : une participation active de la France 144
a) Les préoccupations de l'ONU : la lutte contre la grande criminalité et la grande délinquance financière internationale 144
b) Les initiatives françaises au sein des travaux du groupe d'action financière internationale contre le blanchiment de capitaux (GAFI) 146
c) Les initiatives communautaires en matière de lutte contre le blanchiment 151
B.- LES INITIATIVES À OBJECTIF FISCAL MENÉES AU NIVEAU DE L'UNION EUROPÉENNE ET DE L'OCDE EN VUE DU DÉMANTÈLEMENT DES PARADIS FISCAUX ET DES RÉGIMES FISCAUX PRÉFÉRENTIELS DOMMAGEABLES : DES ACTIONS ESSENTIELLES À SOUTENIR 153
1.- Les initiatives engagées à l'échelon communautaire 153
a) Les problèmes posés par la concurrence fiscale : une préoccupation déjà ancienne 154
b) Le code de conduite en matière de fiscalité des entreprises 155
c) La proposition de directive du Conseil visant à garantir un minimum d'imposition effective des revenus de l'épargne sous forme d'intérêts à l'intérieur de la Communauté : une étape essentielle qui esquisse la perspective d'une éradication des paradis fiscaux en Europe 158
2.- Les travaux de l'OCDE : une certaine similarité avec ceux de l'Union, mais un cadre plus large 166
a) Les recommandations issues du rapport sur la concurrence fiscale dommageable 167
b) Le traitement des régimes fiscaux préférentiels dommageables par les pays membres 169
c) L'établissement d'une liste des paradis fiscaux 171
3.- L'action du Royaume-Uni et de la Couronne britannique 172
C.- LA COMPLÉMENTARITÉ DES APPROCHES PÉNALE ET FISCALE DANS LE DOMAINE DE LA LUTTE CONTRE LES PARADIS FISCAUX ET LA GRANDE CRIMINALITÉ INTERNATIONALE 175
1.- Le caractère nécessairement insuffisant des dispositifs de prévention et de répression du blanchiment de capitaux 176
a) Les problèmes juridiques 177
b) Les problèmes pratiques 180
c) L'insuffisante fiabilité des mécanismes anti-blanchiment au niveau international 183
2.- La capacité des techniques fiscales à limiter les bénéfices des enrichissements inexpliqués et frauduleux 184
a) La pertinence des techniques de contrôle fiscal dans la lutte contre la grande fraude 184
b) La nécessité de réexaminer la question de la communication à l'administration fiscale des informations recueillies par Tracfin 185
D.- LE CARACTÈRE INCONTOURNABLE DE L'OBJECTIF D'UN ESPACE JUDICIAIRE ET D'UN ESPACE DE COOPÉRATION FISCALE SANS AUCUN ÉCRAN ET D'UNE CONVERGENCE FISCALE, AU PLAN EUROPÉEN 187
1.- La création d'un espace judiciaire ainsi que d'un espace de coopération fiscale sans écran 187
a) L'objectif d'un espace fiscal et d'un espace judiciaire transparents 187
b) La nécessité de réaliser cet objectif, au plan européen tout au moins 188
2.- La spécificité supplémentaire de l'Union européenne : constituer un espace homogène caractérisé par une fiscalité largement convergente 192
E.- SUPPRIMER L'AIDE AUX PAYS RECENSÉS COMME DES PARADIS FISCAUX 194
III.- LA NÉCESSITÉ DE COMPLÉTER L'EFFICACITÉ DES PROCÉDURES PÉNALE ET FISCALE DE LUTTE CONTRE LA FRAUDE ET L'ÉVASION FISCALES 196
A.- MODERNISER LA CAPACITÉ D'ACTION DES FONCTIONNAIRES EN CHARGE DU CONTRÔLE FISCAL 197
1.- Renforcer l'efficacité des dispositions du code général des impôts destinées au contrôle des opérations internationales 198
a) Les propositions en matière de fiscalité personnelle 199
b) Les propositions en matière de fiscalité des entreprises 204
2.- Envisager la suppression de l'article L. 80 C du livre des procédures fiscales 209
3.- Améliorer la formation des agents et développer la capacité d'expertise mise à leur disposition 210
a) Développer la formation 210
b) Renforcer l'expertise interne 211
c) Créer un réseau d'experts de l'administration pour l'assister dans l'évaluation des prix de certaines prestations internationales 211
B.- ACCROÎTRE L'EFFICACITÉ DU RÉSEAU DES CONVENTIONS FISCALES AUXQUELS LA FRANCE A ADHÉRÉ 212
1.- Augmenter les possibilités d'échange d'informations en matière fiscale 213
a) Augmenter le nombre des conventions fiscales prévoyant un échange de renseignements et veiller à la qualité de ces conventions 214
b) Développer le réseau des attachés fiscaux et des attachés douaniers et renforcer les moyens des postes existants 218
2.- Solliciter, notamment des pays européens, la modification des conventions applicables et obtenir l'adaptation des directives et règlements communautaires, afin d'assurer un accès effectif à l'information nécessaire à la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales 219
a) Les problèmes posés par certaines conventions fiscales 219
b) Le cas des conventions fiscales franco-monégasques 222
C.- DÉVELOPPER LE RÉSEAU DES CONVENTIONS D'ASSISTANCE JUDICIAIRE ET AMÉLIORER LES MODALITÉS DE TRAITEMENT DE LA FRAUDE FISCALE 223
1.- Compléter le réseau des conventions d'entraide judiciaire et des conventions d'extradition pour faciliter les recherches et accélérer les procédures 226
2.- Veiller à ce que la fraude fiscale figure sans restriction parmi les infractions pour lesquelles la coopération est obligatoire 234
D.- COMPLÉTER L'EFFORT DE RENFORCEMENT DU RÉSEAU DES CONVENTIONS PAR UN EXAMEN APPROFONDI DES DISPOSITIONS DES CONVENTIONS D'ENTRAIDE JUDICIAIRE ET DES CONVENTIONS COMPORTANT DES CLAUSES D'ÉCHANGE DE RENSEIGNEMENTS EN MATIÈRE FISCALE 241
CHAPITRE III : LA LUTTE CONTRE LA FRAUDE AUX IMPÔTS INDIRECTS : RENFORCER LES PROCÉDURES DE LUTTE CONTRE LA FRAUDE TOURNANTE À LA TVA ORGANISÉE DANS LE CADRE DE « CARROUSELS » ET DEVELOPPER LA COOPÉRATION EUROPÉENNE 245
I.- LES CARROUSELS DESTINÉS À ÉLUDER LA TVA INTRACOMMUNAUTAIRE 247
A.- LA SIMPLICITÉ ET LA FACILITÉ D'EXÉCUTION DES MONTAGES 247
1.- Les règles prévues par le régime transitoire en matière de TVA sur les échanges de biens à l'intérieur du marché unique 247
2.- La simplicité des mécanismes de fraude 250
3.- La possibilité d'organiser des montages plus complexes et difficiles à appréhender 253
B.- UNE FRAUDE ASSEZ RÉPANDUE DANS CERTAINS SECTEURS, TRÈS RENTABLE ET OÙ L'ON SOUPÇONNE UNE PRÉSENCE DE LA GRANDE CRIMINALITÉ ORGANISÉE 256
1.- Une fraude concentrée sur certains secteurs économiques 256
2.- Une fraude extrêmement rentable pour ses organisateurs 257
a) Le rendement des carrousels proprement dits 257
b) La possibilité de greffer sur les carrousels d'autres types de fraude 263
3.- Une fraude infiltrée par la grande délinquance ainsi que par la grande criminalité organisée de type mafieux 264
4.- Une fraude extrêmement déstabilisante sur le plan économique 265
C.- UNE FRAUDE SUSCEPTIBLE DE PERDURER EN L'ABSENCE DE PERSPECTIVE DE CHANGEMENT DES RÈGLES COMMUNAUTAIRES 267
II.- LA NÉCESSITÉ DE PRÉVOIR UN ALOURDISSEMENT SUBSTANTIEL DES PEINES ET D'ENVISAGER L'HYPOTHÈSE D'UN RENFORCEMENT DES PROCÉDURES DE POURSUITE 270
A.- UNE FRAUDE DIFFICILE À COMBATTRE SUR LE PLAN FISCAL, MAIS SUSCEPTIBLE DE FAIRE L'OBJET DE POURSUITES PÉNALES ASSEZ RAPIDES 270
1.- La procédure fiscale 270
a) La détection du risque : la surveillance des crédits de TVA 270
b) La sanction des infractions : une procédure efficace, mais délicate à mettre en _uvre 271
2.- La procédure pénale 273
B.- PRÉVOIR UN RENFORCEMENT SUBSTANTIEL DES PEINES ET METTRE À L'ÉTUDE L'OCTROI DE COMPÉTENCES DE POLICE JUDICIAIRE À UNE SECTION SPÉCIALISÉE DU MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE ET DES FINANCES 276
1.- Renforcer substantiellement les peines en cas d'escroquerie à la TVA en bande organisée 276
2.- Demander au Gouvernement un rapport sur la mise en place d'un service spécialisé du ministère de l'économie et des finances disposant de prérogatives de police judiciaire afin de réduire les délais de répression et sur la création d'une infraction spécifique de fraude organisée à la TVA 277
III.- L'AMÉLIORATION DES PROCÉDURES DE COOPÉRATION PRÉVUES À L'ÉCHELON COMMUNAUTAIRE ET LE RENFORCEMENT NÉCESSAIRE DES ACTIONS COORDONNÉES ENTRE ETATS MEMBRES POUR L'ENSEMBLE DES FRAUDES À LA TVA 289
A.- L'IMPORTANCE DE LA FRAUDE À LA TVA AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE ET DES ETATS MEMBRES 289
1.- L'approche globale 289
2.- L'exemple de la Belgique 291
B.- L'AMÉLIORATION DES PROCÉDURES EXISTANTES 292
1.- Les recommandations de la Cour des comptes des Communautés européennes 292
2.- Les possibilités d'amélioration 293
a) Le document d'accompagnement des marchandises 293
b) L'amélioration des échanges automatisés d'informations 294
c) Appliquer les mêmes règles dans tous les Etats : l'exemple de la navigation de grande plaisance 294
C.- LA NÉCESSITÉ DE DÉVELOPPER DES ACTIONS COORDONNÉES 300
1.- La coopération entre les Etats membres 300
2.- L'action de la Communauté européenne 302
CHAPITRE IV : DE NOUVELLES MESURES DE MODERNISATION DES DISPOSITIFS FISCAUX DE LUTTE CONTRE LA FRAUDE ET L'ÉVASION FISCALES : LE MAINTIEN D'UNE NÉCESSAIRE VIGILANCE 307
I.- AMÉLIORER LA CONNAISSANCE DES DIFFÉRENTS RISQUES DE FRAUDE ET D'ÉVASION FISCALES, AINSI QUE DE LA DÉLINQUANCE FINANCIÈRE, GRÂCE À LA CRÉATION D'UN OBSERVATOIRE DE LA FRAUDE 309
II.- COMPLÉTER LA MODERNISATION DES INSTRUMENTS JURIDIQUES DE LUTTE CONTRE LA FRAUDE ET L'ÉVASION FISCALES 315
A.- RÉDUIRE LES POSSIBILITÉS DE PAIEMENT EN ESPÈCES 315
1.- Réduire de 50.000 francs à 20.000 francs le montant maximum des paiements en espèces pour les particuliers non commerçants 315
2.- Appliquer la disposition relative à l'obligation de paiement par chèque au paiement des primes d'assurance-vie 316
3.- Instituer une amende fiscale de 50% en cas de vente sans facture 317
B.- LIMITER LES POSSIBILITÉS D'AMÉLIORATION DU TRAIN DE VIE GRÂCE À LA FRAUDE FISCALE 318
1.- Réduire de 308.510 francs à 200.000 francs le seuil de l'évaluation forfaitaire minimale du revenu imposable d'après certains éléments du train de vie, pour l'impôt sur le revenu 318
2.- Limiter les possibilités d'imputation des dépenses personnelles sur les comptes des sociétés ou des entreprises individuelles 320
C.- RENFORCER LES MODALITÉS DU CONTRÔLE FISCAL 322
1.- Améliorer la connaissance de certaines mutations à titre gratuit 322
a) Prévoir l'enregistrement des cessions de polices d'assurance-vie, afin d'éviter que ces cessions ne permettent, en cas de faculté de rachat, une donation indirecte 322
b) Rendre obligatoire la déclaration des dons manuels à l'administration fiscale 323
2.- Encadrer le régime des sociétés civiles et des sociétés à prépondérance immobilière 324
a) Prévoir la production annuelle de comptes à l'administration fiscale par les sociétés civiles qui ne sont pas encore soumises à cette obligation 324
b) Rendre obligatoire la formalité de l'acte authentique pour l'élaboration des statuts, les modifications statutaires et les cessions de parts de sociétés immobilières 324
c) Supprimer la possibilité de procéder à des paiements hors la vue du notaire pour les transactions immobilières 327
3.- Prévoir l'accès des fonctionnaires des impôts aux clefs de décryptage 327
4.- Exclure les sociétés holdings du champ de la disposition limitant à trois mois la durée de vérification des petites entreprises, mesure qui doit être réservée aux seules PME 328
5.- Accroître la responsabilité des sociétés de domiciliation 328
D.- AMÉLIORER LA PORTÉE DES RÉSULTATS DU CONTRÔLE FISCAL 329
1.- Clarifier le rôle de l'intérêt de retard en supprimant sa déductibilité du résultat des entreprises et en réduisant, en contrepartie, son taux à 6% 329
a) Supprimer la déductibilité du résultat imposable des pénalités de recouvrement sanctionnant le versement tardif des impôts 329
b) Réduire de 0,75% par mois (9% par an) à 0,5% par mois (6% par an) le taux de l'intérêt de retard 330
2.- Plafonner l'effet de la tolérance légale pour les grandes sociétés 332
3.- Supprimer le bénéfice de la tolérance légale pour les contribuables de mauvaise foi ou s'étant livrés à des man_uvres frauduleuses 332
4.- Moderniser les modalités de pénalisation des infractions fiscales 333
a) Renforcer et accélérer la pénalisation des infractions fiscales les plus graves 333
b) Améliorer l'efficacité des opérations d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP) ayant mis en évidence la présence de revenus d'origine indéterminée 334
5.- Soumettre à la procédure de redressement contradictoire les rappels d'imposition en matière de taxe professionnelle et appliquer les pénalités de droit commun 335
E.- RENFORCER LES PLANS DE LUTTE CONTRE LE TRAVAIL CLANDESTIN 336
III.- SUPPRIMER CERTAINS DISPOSITIFS PERMETTANT DE PROCÉDER À DE L'ÉVASION FISCALE 337
A.- L'IMPÔT SUR LE REVENU ET L'IMPOSITION DES PLUS-VALUES 337
1.- Supprimer la possibilité pour les contribuables de procéder à une déclaration séparée pour leurs enfants mineurs disposant de ressources propres 337
2.- Mieux coordonner le paiement de l'impôt sur les plus-values de cession de titres et les droits de mutation à titre gratuit 339
B.- L'IMPOSITION DES RÉSULTATS DES SOCIÉTÉS 341
1.- Supprimer la déductibilité des intérêts des emprunts contractés par les sociétés holdings dans le seul but de réduire le coût d'acquisition d'une entreprise 341
2.- Limiter l'intérêt du recours aux sociétés transparentes pour les sociétés de capitaux 342
IV.- ENVISAGER, POUR LE FUTUR, DE RÉTABLIR L'ÉQUITÉ ET LA CITOYENNETÉ DES GRANDS IMPÔTS EN MATIÈRE DE FISCALITÉ PERSONNELLE DANS LE CADRE D'UNE ÉVENTUELLE RÉFORME FISCALE 343
A.- L'IMPÔT SUR LE REVENU : LIMITER LES POSSIBILITÉS DE CUMUL DES EXONÉRATIONS ET DES RÉDUCTIONS D'IMPÔT, ET RÉFORMER LE RÉGIME DE L'AVOIR FISCAL 343
B.- L'IMPÔT SUR LA FORTUNE : ÉTUDIER LA CONSOLIDATION DE SA LÉGITIMITÉ GRÂCE À L'ÉLARGISSEMENT DE SON ASSIETTE, LA RÉDUCTION DES TAUX, LE RELÈVEMENT DU SEUIL D'EXONÉRATION ET LA SUPPRESSION DE LA LIMITATION DU PLAFONNEMENT 354
1.- L'extension de l'assiette de l'ISF, la réduction des taux et le relèvement du seuil 355
2.- La suppression de la limitation du plafonnement du montant total de l'ISF et de l'impôt sur le revenu par rapport aux revenus 357
C.- LES DROITS DE MUTATION À TITRE GRATUIT : CLARIFIER ET MORALISER LES MODALITÉS DE LA TRANSMISSION À TITRE GRATUIT DE LA PROPRIÉTÉ 359
D.- SÉCURISER LES TRANSACTIONS INTERNATIONALES INTERNES AUX GROUPES EN DÉVELOPPANT LA PROCÉDURE DE L'AGRÉMENT PRÉALABLE AUX PRIX DE TRANSFERT (APPT) 361
E.- DÉPASSER PAR DES DISPOSITIONS SPÉCIFIQUES LES CONTRAINTES ISSUES DE LA NÉCESSAIRE STABILITÉ DES MODALITÉS GÉNÉRALES DE RÉPRESSION DES ABUS DE DROIT 367
RÉCAPITULATIF DES PROPOSITIONS DU RAPPORTEUR 369
EXAMEN EN COMMISSION 381
ANNEXES
INTRODUCTION Après avoir écouté plus d'une centaine de personnes, des fonctionnaires, des magistrats, des avocats, des banquiers et des financiers, des statisticiens, des policiers, des experts-comptables, des conseils, des universitaires, des représentants d'organisations syndicales, après s'être rendu dans huit Etats étrangers (1), avoir été reçu par les autorités communautaires, notamment par M. Mario Monti, membre de la Commission, votre Rapporteur ne saurait avoir la même image de la fraude et de l'évasion fiscales que celle qu'il avait il y a dix-huit mois, lorsque, le 6 avril 1998, la Commission des finances de l'économie générale et du plan lui a confié un rapport sur ce thème.
Il mesure mieux toute la difficulté de saisir une matière complexe qui va de la fraude grossière, fondée sur la simple dissimulation, aux montages sophistiqués qui suscitent, parfois, l'intérêt de ceux qui doivent en montrer l'illégalité, d'autant que son appréhension repose sur la distinction entre deux notions, la fraude, illégale, et l'évasion, légale, entre lesquelles la frontière est parfois difficile à borner.
Il a le sentiment que sa mission pourrait encore se prolonger, qu'il découvrirait toujours dans les recoins peu explorés de l'articulation du code général des impôts, du droit civil ou du droit commercial, des opportunités d'éluder l'impôt, dont certaines très rentables pour leurs organisateurs, et que la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales est un combat sans cesse renouvelé. Néanmoins, il considère qu'il convient maintenant de conclure par un ensemble de propositions dans la perspective de la loi de finances pour 2000.
Avant toute chose, votre Rapporteur tient à remercier l'ensemble de ses interlocuteurs, ceux qui l'ont accueillis comme ceux qui ont accepté de se rendre à une audition dans les locaux de l'Assemblée nationale. Ces remerciements s'adressent naturellement en premier lieu aux fonctionnaires en poste dans les ambassades de France à l'étranger qui ont bien voulu l'assister dans ses missions dans les Etats relevant de leurs compétences, et aux fonctionnaires du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie. La majorité des personnalités rencontrées par votre Rapporteur a souhaité conserver l'anonymat. Il eût été peu délicat de placer celles-ci dans une situation spécifique en publiant une liste partielle des personnes entendues. Le parti a donc été pris de ne publier aucune liste, afin de ne pas délivrer une information tronquée.
Ces travaux ont permis à votre Rapporteur de procéder à plusieurs constats d'ordre général.
Le premier est celui du bon fonctionnement et de l'efficacité de l'administration fiscale française.
D'une part, les fonctionnaires de l'administration des impôts, dans leur ensemble, notamment ceux qui effectuent les tâches d'assiette et de contrôle de l'impôt, font preuve d'un excellent esprit de service, d'un grand dévouement et d'un remarquable sens de l'Etat.
D'autre part, l'efficacité du dispositif de contrôle fiscal n'est pas à démontrer, puisque la tendance à l'amélioration des résultats du contrôle, déjà soulignée l'an dernier dans le cadre du rapport d'étape n° 1105 intitulé « Fraude et évasion fiscales : une intolérable atteinte à l'impôt citoyen », a été confirmée en 1997, dernière année pour laquelle des statistiques complètes sont disponibles.
Sans reprendre les éléments de fond, évoqués l'an dernier, on rappellera seulement que le montant des droits rappelés s'est établi à 73,3 milliards de francs en 1997 contre 67,2 milliards de francs en 1996, en droits simples, soit une progression de 9%. S'agissant de seules opérations de contrôle sur place, dans le cadre des procédures d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP) et de vérification de comptabilité, les rappels se sont élevés à 44,5 milliards de francs en droits simples et à 13,3 milliards de francs en pénalités.
Pour les seules ESFP, les droits simples rappelés dans le cadre de 4.707 opérations se sont élevées à 3 milliards de francs et les pénalités à 1,5 milliard de francs.
S'agissant des opérations de vérification de comptabilité, on observera que 41,5 milliards de francs de droits simples ont été rappelés et que les pénalités infligées se sont élevées à 11,8 milliards de francs.
Enfin, il faut observer que notre administration fiscale jouit à l'étranger d'une excellente réputation et que la collaboration qu'elle peut accorder dans le cadre de l'assistance internationale paraît appréciée.
En deuxième lieu, il est impossible de donner, même d'une manière approximative, une estimation fiable de la fraude fiscale.
Les opérations et les recoupements qui sont opérés dans le cadre de l'établissement des comptes nationaux, même s'ils sont établis avec rigueur, ne permettent pas d'établir des données suffisamment sûres pour que la comparaison des grands agrégats de la comptabilité nationale, tels que les revenus du capital ou ceux de l'épargne, avec l'estimation de ces mêmes grandeurs économiques sur la base du recouvrement de l'impôt, permette d'en inférer une quelconque conclusion chiffrée sur la base du principe selon lequel la différence entre les deux chiffres serait égale à la fraude. On observe, en effet, que l'INSEE éprouve une grande difficulté à appréhender la fraude fiscale, ce qui rend incertain le montant des corrections que l'institut opère dans ses calculs pour tenir compte de ce phénomène. Il en est également ainsi pour le travail clandestin.
En outre, ces opérations donnent lieu à des arbitrages de chiffres et de méthode qui ne sont opérés que lorsqu'une nouvelle base est établie, c'est à dire lorsque les chiffres de l'année qui sert de référence sont calculés. Par convention, les règles de correction restent ensuite les mêmes tant que la base ne change pas, c'est à dire pendant plusieurs années. On mesure ainsi l'impossibilité d'établir une quelconque conclusion, puisque le phénomène de la fraude et de l'évasion fiscales, ainsi que celui du travail clandestin, évoluent.
Naturellement, certains organismes procèdent à des estimations chiffrées, mais il va de soi que votre Rapporteur ne saurait garantir leur fiabilité, dès lors que la méthode d'estimation n'est pas connue.
En troisième lieu, même si le seul respect des principes républicains de l'égalité devant la loi et devant l'impôt et de la fixation d'une contribution aux charges publiques en fonction des capacités de chacun justifie la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, il est clairement apparu que cette action ne relevait pas seulement d'une nécessité citoyenne et morale, mais s'inscrivait également dans le cadre d'une obligation de respect des règles de fonctionnement du système économique.
En effet, d'une part, il n'est pas admissible que les coûts de production et les prix de vente des produits d'une entreprise ne dépendent pas de seuls critères techniques ou d'organisation du travail, mais plutôt de la qualité de son conseiller fiscal ou de sa capacité à frauder. Les règles normales du jeu de la concurrence en sont affectées.
D'autre part, on peut craindre qu'une partie importante de l'économie ne soit contrôlée, à terme, par les personnes pratiquant la fraude fiscale à une grande échelle et le blanchiment de capitaux, c'est à dire par un milieu criminel sans scrupules.
De plus, il ne faut pas méconnaître que la lutte contre la fraude renforce la légitimité de l'impôt, car chacun reconnaît alors que celui-ci est payé par tous, renforce les marges de man_uvre budgétaires et permet d'envisager une baisse des prélèvements obligatoires.
En quatrième lieu, l'évasion fiscale et l'optimisation fiscale étant étroitement liées à la complexité de la loi fiscale, il revient au législateur de garantir au citoyen une loi fiscale claire, simple et la plus neutre possible. Les deux premiers éléments constituent un objectif qu'il n'est pas aisé de prétendre atteindre, dès lors que la réalité économique et sociale est complexe et que la loi fiscale se doit de suivre au plus près cette réalité.
La neutralité fiscale constitue un objectif d'un autre ordre, puisqu'il s'agit d'imposer de la même manière une opération économique, quelles que soient les modalités juridiques selon lesquelles elle est organisée. Ainsi, plus la loi fiscale est neutre, moins les possibilités d'évasion fiscale et les pratiques relevant de l'abus de droit sont étendues. Cet objectif n'en est cependant pas moins difficile à atteindre, dans la mesure où la complexité des combinaisons du droit civil, du droit commercial et du droit des sociétés avec le droit fiscal est difficile à saisir lorsque l'on adopte ou adapte une mesure législative.
En cinquième lieu, l'intérêt des fraudeurs ou des personnes qui pratiquent l'évasion fiscale à éluder l'impôt augmente en fonction du niveau de l'impôt d'une manière bien plus spectaculaire que le sens commun ne conduirait à le penser.
En effet, ainsi que l'indique le tableau suivant, pour les impôts directs, impôt sur le revenu ou impôt sur les bénéfices, si, lorsque le taux de l'impôt est de 20%, le fait d'omettre de déclarer 10, pour une base imposable de 100, entraîne un gain de 2 et génère un gain relatif très faible de 2,27% du revenu après impôt (2 sur 88), on constate qu'un relèvement du taux de l'impôt entraîne une forte augmentation, plus que proportionnelle, de ce gain relatif, lequel s'établit à 6,06% pour un taux d'impôt de 40%, à 9,09% avec un taux d'impôt de 50%, à 13,6% avec un taux d'impôt de 60%, à 36,4% avec un taux d'impôt de 80%, voire à 81,8% si, par hypothèse, on retient un taux d'impôt de 90%.
Gain relatif d'une opération de fraude fiscale en fonction du taux marginal de l'impôt, pour un impôt sur le revenu ou sur les bénéfices
Taux de l'impôt 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% Base d'imposition (1) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 Impôt dû (2) 10 20 30 40 50 60 70 80 90 Revenu net (3) = (1) - (2) 90 80 70 60 50 40 30 20 10 Base d'imposition addition-nelle (4) 10 10 10 10 10 10 10 10 10 Impôt dû sur cette base (5) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Revenu net total (6) = (3) + (4) - (5) 99 88 77 66 55 44 33 22 11 Rapport apparent de la fraude (5)/(4) 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% Gain relatif de la fraude (7) = (5)/(6) 0,01% 2,27% 3,89% 6,06% 9,09% 13,6% 21,2% 36,4% 81,8% Rapport du gain relatif et du taux de l'impôt - 0,113 0,130 0,151 0,182 0,267 0,303 0,455 0,909 On constate ainsi qu'il est mentionné sur la dernière ligne, que le rapport entre le gain relatif procuré par la fraude, en termes d'augmentation du revenu, et le taux de l'impôt, croît notablement à partir de 60%. Ce rapport un peu abstrait est pourtant très significatif, car il représente un indice intrinsèque de « rentabilité » de la fraude fiscale.
En ce qui concerne les impôts sur la consommation, comme la TVA ou les accises, ou encore les droits de douane, le même raisonnement vaut, ainsi que l'indique le tableau suivant, puisque, dans l'hypothèse d'un partage en deux parts égales du montant de l'impôt fraudé entre le vendeur et l'acquéreur, la baisse de prix dont bénéficie le consommateur devient significative, de l'ordre de 10%, à partir d'un taux de l'impôt indirect de 20%. Le tableau suivant pose le principe selon lequel la marge nette, c'est à dire le bénéfice après paiement des frais est de 10%.
Gain relatif d'une opération de fraude fiscale en fonction du taux de l'impôt, pour un impôt indirect calculé ad valorem (2)
Taux de l'impôt indirect 10% 15% 20% 30% 50% 100% 150% 200% Prix de vente hors taxe (circuit commercial normal) (1) 100 100 100 100 100 100 100 100 Marge commerciale nette, hors frais (2) 10 10 10 10 10 10 10 10 Prix TTC (3) 110 115 120 130 150 200 250 300 Prix de vente sur le marché parallèle, dans l'hypothèse d'un partage égal de l'impôt éludé (4) 105 108 110 115 125 150 175 200 Bénéfice de la fraude, par unité (instigateur) (5) 5 8 10 15 25 50 75 100 Rapport du bénéfice et de la marge commerciale nette (5)/(2) 50% 80% 100% 150% 250% 500% 750% 1.000% Réduction de prix obtenue en fraude (consommateur) (6) 5 7 10 15 25 50 75 100 Rapport de la réduction de prix obtenue en fraude et du prix TTC (6)/(3) 4,5% 7% 8,33% 11,54% 16,66% 25% 30% 33,33% Ce constat conduit à envisager trois hypothèses, en réaction :
- d'abord, celle d'une baisse du niveau et du rendement de l'impôt, comme le prônent les libéraux, mais on doit observer qu'il s'agit d'une solution difficilement envisageable, dans la mesure où un Etat moderne qui obéit à des règles de solidarité offre des prestations de service public de qualité, notamment en matière d'éducation et de santé, qui exigent des prélèvements obligatoires importants. Il faut, en effet, relever qu'aucun des pays ayant une gestion d'inspiration libérale ne sert au plus grand nombre des prestations de la qualité des nôtres dans ces deux domaines, ce qui, in fine, traduit une indéniable carence de la solidarité dans le développement que les seules comparaisons des PIB ne permettent pas d'appréhender ;
- ensuite, celle d'une réduction des taux de l'impôt grâce à l'élargissement de son assiette et à la suppression des abattements et exonérations diverses. C'est la conclusion logique que l'on doit tirer de cette étude. Cette remarque vaut naturellement pour l'impôt de solidarité sur la fortune ;
- enfin, celle d'une plus grande vigilance du contrôle fiscal tant sur les impôts à taux élevés que sur les impôts à taux faible, comme c'est déjà le cas en pratique.
En sixième lieu, de nombreux interlocuteurs de votre Rapporteur ont insisté sur la nécessité d'instaurer en France une stabilité de la loi fiscale, de manière à faire cesser le sentiment d'insécurité qui perturbe les contribuables et qui marque les différents investisseurs étrangers, depuis le début de la décennie, et qui incite un certain nombre de résidents français fortunés au départ. Le nombre des mesures législatives adoptées dans le cadre de chaque loi de finances, de chaque loi de finances rectificative, de chaque projet de loi portant diverses dispositions d'ordre économique et financier est si important que l'opinion d'une activité fiscale insuffisamment ordonnée de notre pays est largement répandue dans les milieux économiques internationaux. Ce jugement concerne l'ensemble des gouvernements en place depuis de début de la décennie.
Il revient donc au Gouvernement et à l'actuelle majorité parlementaire d'établir la crédibilité de la France quant à sa capacité à effectuer des choix fiscaux pertinents et à s'y tenir.
En dernier lieu, les travaux effectués au cours de sa mission ont renforcé votre Rapporteur dans la conviction de la nécessité d'une réforme fiscale d'ensemble, non seulement pour atteindre les grands objectifs précédemment évoqués, mais également pour restaurer la légitimité de l'impôt dont on constate trop souvent qu'elle est mise à mal.
Cette réforme fiscale devrait en outre préserver l'un des éléments essentiels de notre système fiscal, celui de la progressivité effective de l'impôt sur le revenu, tant il faut se garder des sirènes de la fausse simplicité et de la véritable iniquité que recèle tout dispositif fondé sur un impôt proportionnel et prétendant substituer la notion d'équité à celle d'égalité.
Elle devrait permettre également de développer la transparence de l'administration fiscale, qui reste insuffisante. Ce débat a cependant été suffisamment évoqué dans le cadre de son rapport d'étape précité n° 1105 pour que votre Rapporteur n'y revienne pas une seconde fois.
Par ailleurs, ledit rapport d'étape ayant traité d'une manière assez complète la question du contrôle fiscal et de ses modalités, le présent rapport a adopté une approche différente, en analysant les différents risques fiscaux auxquels notre pays est actuellement confronté.
Il identifie ainsi trois risques principaux : celui de la fraude et de l'évasion fiscales internationales reposant sur des montages utilisant des structures implantées dans plusieurs pays, notamment des paradis fiscaux ; celui de la fraude à la TVA intra-communautaire ; celui de certains procédés interne de fraude ou d'évasion qui ne sont pas encore suffisamment sanctionnés par la loi.
Indéniablement, chacun de ces risques ne présente pas la même importance.
Tous les avis convergent pour estimer que le développement de la fraude fiscale internationale organisée dans le cadre des paradis fiscaux est le plus important des trois. Les Etats et territoires en cause abritent non seulement le produit d'une fraude fiscale d'autant plus importante que les deux dernières décennies ont été marquées par le développement du commerce international, la libéralisation des mouvements de capitaux et l'apparition des transactions commerciales et financières électroniques qui ne laissent aucune trace, mais ils abritent aussi des opérations de blanchiment de capitaux issus de la grande criminalité organisée.
Sur la base d'un secret bancaire absolu, de l'anonymat organisé dans le cadre du droit des sociétés, et d'une absence de coopération en matière judiciaire et pénale, des opérations inacceptables sont effectuées dans la plus grande confidentialité et dans la plus grande sécurité pour les délinquants et les fraudeurs. En outre, les risques que représentent les paradis fiscaux ne s'apprécient pas seulement au plan pénal ou fiscal, mais également au plan financier, car les montages qui peuvent être effectués se font parfois sans aucun respect des règles prudentielles internationalement reconnues, comme l'a montrée la quasi-faillite du LTCM (Long Term Capital Management), un fonds américain de couverture ultraspéculatif, à l'automne dernier, lors de la crise financière.
Ces risques sont d'ailleurs perçus comme suffisamment graves pour que l'ensemble de la communauté internationale se mobilise, notamment l'Organisation des Nations-Unies, les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales membres du G 7, l'Union européenne et l'OCDE.
L'action de ces deux dernières institutions relève plus particulièrement de l'objet du présent rapport, puisqu'elle vise à dénoncer et à supprimer les régimes fiscaux de concurrence déloyale qui faussent les données de la compétition économique. Elle concerne en priorité les paradis fiscaux, mais elle a un objet plus large car elle vise également les régimes fiscaux préférentiels organisés par des Etats ou territoires dont la fiscalité présente par ailleurs un niveau comparable à ce qu'il est dans les grands Etats industrialisés.
En ce qui concerne les Etats, on observe avec satisfaction que la France a un rôle moteur, parmi d'autres pays, dans l'organisation de la coopération internationale pour la lutte contre la délinquance financière sous toutes ses formes, notamment le blanchiment.
Le deuxième facteur de risque est la fraude à la TVA intra-communautaire, dans la mesure où, si elle a parachevé la libre circulation des marchandises en supprimant les frontières douanières internes, l'intégration communautaire a laissé subsister des frontières fiscales intérieures, avec un dispositif d'exonération de TVA pour les livraisons d'un Etat membre de l'Union vers les autres Etats sur la base duquel plusieurs techniques de fraude sont possibles. Le principal procédé repose sur l'organisation d'une fraude tournante à la TVA de type « carrousel ».
Ces deux risques, celui des paradis fiscaux et de la fraude à la TVA intra-communautaire, ont la même origine, d'un point de vue juridique. Ils reposent sur le fait que la mise en _uvre de la libre circulation des personnes, des capitaux et des marchandises, qui permet de sortir aisément du cadre étatique, n'a pas été accompagnée par un développement des possibilités d'échange d'informations et de coopération en matières fiscale, judiciaire et pénale.
Palier les conséquences de ce morcellement fiscal et pénal exige, pour l'essentiel, des mesures de coopération entre Etats, décidées dans un cadre multilatéral ou dans un cadre bilatéral. Ces mesures ne sont pas d'ordre législatif et le rôle des assemblées parlementaires ne peut, à cet égard, que se limiter à afficher un soutien solide au Gouvernement, de manière que celui-ci puisse clairement faire valoir la position de la France dans les négociations internationales ou dans les arbitrages communautaires.
Seules quelques dispositions législatives, d'une portée nécessairement plus limitée, mais qui est loin d'être insignifiante, peuvent être suggérées.
Par contraste, et cela n'est pas sans poser de problème à la représentation parlementaire, dans la mesure où son intervention en termes de propositions de modifications législatives peut donner à un esprit non averti l'impression qu'elle s'intéresse davantage à ce qui est le moins important. En effet, les risques de fraude ou d'évasion fiscales au plan interne pour lesquels des améliorations législatives sont nécessaires ou envisageables, sont beaucoup moins importants, en termes de base imposable, mais peuvent donner lieu à des propositions assez nombreuses.
En outre, cette distorsion est accentuée par le fait que, parmi les propositions envisageables, certaines ne peuvent être présentées ici car, remettant en cause certains des éléments de base des grands impôts de fiscalité personnelle, l'impôt sur le revenu, l'impôt sur la fortune, les droits de mutation à titre gratuit, elles relèvent d'une réforme fiscale d'ensemble plutôt que du seul cadre du présent rapport, dont le thème est déjà suffisamment vaste.
Avant de présenter chacun de ces trois risques et les différentes mesures qu'il propose, votre Rapporteur tient cependant à mettre en exergue l'important effort de modernisation du cadre général du contrôle fiscal qui est en train d'être réalisé par la direction générale des impôts.
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LA MODERNISATION DES MODALITÉS DU CONTRÔLE FISCAL : UNE OPTION ESSENTIELLE DANS LE CADRE D'UNE RELATION RENOUVELÉE AVEC LE CONTRIBUABLE
Le ministère de l'économie, des finances et de l'industrie fait actuellement l'objet de réformes significatives. Ces réformes portent tant sur les structures et l'organisation des services que sur les méthodes. Elles concernent en particulier la direction générale des impôts.
Une grande partie de ces mesures est inspirée de celles qui ont été mises en _uvre à l'étranger ces dernières années. Il s'agit donc largement d'un effort de modernisation et de remise à niveau de notre administration fiscale et, plus généralement, de nos administrations financières.
Il a paru utile à votre Rapporteur de faire état des principales orientations retenues par le Gouvernement, notamment de celles relatives au contrôle fiscal, même si son approche ne peut être que partielle, car il serait prématuré d'évoquer certains éléments relatifs à l'organisation des services, actuellement soumis à la concertation entre l'administration et les syndicats.
C'est donc avec un a priori plutôt descriptif que votre Rapporteur s'efforcera de présenter l'objet des principales réformes engagées.
Cette position de principe ne lui interdit pas cependant de saluer les nouvelles modalités du contrôle fiscal reposant une philosophie plus moderne des relations entre l'administration et le contribuable, ainsi que sur une approche qualitative et l'analyse de risque. Cette question se situe en effet au c_ur du sujet qui lui a été confié par la Commission des finances. Votre Rapporteur s'attachera donc, sur ce point, à suggérer quelques éléments de réforme complémentaires à ceux que propose le Gouvernement.
I.- L'ADOPTION D'UNE NOUVELLE APPROCHE DES RELATIONS ENTRE L'ADMINISTRATION ET LE CONTRIBUABLE DANS LE CADRE DE LA RÉFORME DU MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE
En avril dernier, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, M. Dominique Strauss-Kahn, et le secrétaire d'Etat au budget, M. Christian Sautter, ont fait part des objectifs de la nouvelle phase de réforme engagée au sein du ministère, après la fusion, décidée en juin 1997, entre le ministère de l'économie et des finances et le ministère de l'industrie et la réorganisation des structures de l'administration centrale en 1998.
Ces objectifs sont les suivants :
- donner la priorité aux usagers du service public, en simplifiant les formalités et en leur apportant un meilleur service ;
- faire des cadres et agents du ministère les acteurs de la réforme ;
- construire un service public plus performant et à coût maîtrisé.
La Mission pour la réforme du ministère, dite « mission 2003 », dirigée par M. Paul Champsaur, directeur général de l'INSEE, président du comité des directeurs, et M. Thierry Bert, chef du service de l'Inspection générale des finances, a engagé les travaux nécessaires à la mise en _uvre de ces réformes.
S'agissant des contribuables, pour lesquels un changement de terminologie est opéré et que le ministère souhaite qualifier d'« usagers », trois mesures ont été définies.
En premier lieu, chaque « usager » devrait avoir un correspondant fiscal unique. Ce correspondant aura un accès direct, sans délai, « en temps réel », au dossier du contribuable et l'orientera si nécessaire vers un agent spécialisé pour répondre aux questions les plus difficiles. Le recours aux techniques informatiques rend possible cette évolution.
Cette mesure vise aussi bien les particuliers que les entreprises, les grandes comme les petites. On mesure le progrès qui sera accompli, dès lors qu'on sait que chaque PME a actuellement six interlocuteurs fiscaux.
En deuxième lieu, le Gouvernement propose la simplification de la déclaration des revenus des particuliers, grâce à la « déclaration express » pour l'impôt sur le revenu. Chaque année, les particuliers devraient ainsi recevoir une déclaration pré-imprimée mentionnant leurs revenus dont le montant est communiqué par des tiers à l'administration fiscale, notamment les revenus salariaux, déclarés par l'employeur. Les revenus des capitaux mobiliers soumis au barème devraient également être concernés.
Le contribuable n'aura plus qu'à vérifier la fiabilité des informations pré-imprimées, à compléter en cas d'omission. Cela représente une amélioration considérable en termes de simplification. Il s'agit d'une mutation tout à fait remarquable sur le plan des symboles, car elle met le contribuable en situation de contrôler l'administration fiscale, alors que c'est habituellement l'inverse qui se produit, ce qui devrait décrisper les relations réciproques.
En troisième lieu, les grandes entreprises devraient avoir un interlocuteur fiscal unique grâce à la création d'une direction des grandes entreprises, chargée des problèmes d'assiette et de recouvrement des impôts acquittés par elles. Un total de dix-sept-mille entreprises serait concerné. On observera que la direction des grandes entreprises ne devrait pas couvrir le même champ que celui actuellement couvert par la direction nationale des vérifications nationales et internationales (DVNI), service de contrôle.
Cette réforme va dans le sens de ce qu'avait souhaité l'an dernier votre Rapporteur dans le cadre de son rapport d'étape n° 1105 intitulé « Fraude et évasion fiscales : une intolérable atteinte à l'impôt citoyen », celui d'une centralisation des déclarations des entreprises relevant d'un même groupe, de manière que l'administration fiscale puisse avoir une vision d'ensemble de la stratégie fiscale d'un groupe, et puisse ainsi mieux comprendre les opérations décidées par ses dirigeants.
Ces propositions appellent trois observations.
D'une part, elles vont dans le même sens que les réformes opérées dans les principaux pays étrangers disposant d'une administration fiscale réputée efficace.
D'autre part, elles devraient permettre de réaliser des gains d'efficacité.
Enfin, elles ont des conséquences importantes en termes de contrôle fiscal.
Le rapport de synthèse de la mission d'analyse comparative des administrations fiscales de l'inspection générale des finances, établi sous la supervision de M. Jean-Luc Lépine, inspecteur général des finances, daté du 20 mai 1999, reposant sur l'étude de la situation dans neuf pays de l'OCDE (3), soit douze administrations fiscales, constate en effet :
- que les administrations fiscales étrangères, notamment les plus performantes ont adopté une nouvelle philosophie de gestion, centrée sur la notion de « respect volontaire et spontané » de la loi fiscale par le contribuable (« compliance » en anglais) ;
- que ces administrations recourent à une utilisation intensive des nouvelles technologies de l'information ;
- qu'elles se sont engagées dans une démarche de maîtrise des coûts ;
- que les organisations se sont transformées, et que l'on constate une convergence de l'organisation des administrations fiscales vers un modèle commun ou « modèle partagé », selon les termes même du rapport ;
- que le processus de transformation des administrations fiscales s'est accéléré, car ce modèle commun n'existait pas il y a dix ans.
Lors de ses déplacements aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, votre Rapporteur a, en effet, été frappé par une identité de vue dans l'approche de la relation de l'administration fiscale avec le contribuable et par la similarité de l'organisation de l'administration fiscale, avec l'identification de groupes de contribuables reposant sur la distinction entre les personnes physiques, les petites et moyennes entreprises et les grandes entreprises.
Ainsi, aux Pays-Bas, la direction générale de l'administration fiscale dispose de quatre directions opérationnelles, puisque les douanes sont rattachées à l'administration des impôts : la direction des personnes physiques ; la direction des PME ; la direction des grandes entreprises ; la direction des douanes.
Aux Etats-Unis, après les critiques du Congrès mettant en cause, en 1997, l'Internal revenue service (défaut d'efficacité, non-respect des droits du contribuable, défauts d'organisation et de communication), une nouvelle organisation est prévue, avec quatre groupes disposant d'une autonomie réelle : celui des grands groupes ; celui des PME et des travailleurs indépendants ; celui des particuliers (revenus salariaux et revenus de placement) ; celui des organismes non lucratifs, lesquels représentent une spécificité américaine.
La logique des relations avec les contribuables sur laquelle reposent les réformes envisagées induit en effet le recours à une organisation très normalisée.
Dans la mesure où l'objectif vers lequel doit tendre l'administration fiscale est d'assurer un rendement convenable de l'impôt en recourant le moins possible aux opérations répressives de contrôle fiscal, la notion de respect volontaire des obligations fiscales a pour contrepartie le développement d'une culture de service très affirmée. Il faut, en effet, renforcer la qualité du service rendu par l'administration, c'est à dire la qualité, la rapidité et la fiabilité des informations qu'elle peut délivrer, ainsi que l'aide qu'elle peut apporter à la compréhension de la loi fiscale et des obligations en découlant, notamment des obligations déclaratives, pour que le contribuable puisse accomplir sans difficulté les formalités qui lui incombent.
Ainsi, à l'étranger, le contribuable devient un « client » et ses préoccupations sont prises en compte d'une manière croissante. En France, la notion « d'usager » devrait ainsi progressivement remplacer celle de contribuable. Celle de client, ayant une valeur péjorative dans le langage de certaines administrations de contrôle, n'a fort heureusement pas été retenue.
Cette philosophie conduit, par souci de simplification, à la notion d'interlocuteur unique pour le contribuable et implique une réorganisation des services administratifs en fonction de chacun des groupes identifiés comme ayant des besoins et des problèmes spécifiques.
Elle a également une conséquence fort intéressante en matière de contrôle fiscal car, limitant les possibilités d'erreurs involontaires, elle permet d'identifier d'une manière assez sûre le contribuable de bonne foi qui ne remplit pas ses obligations fiscales correctement parce qu'il ne les connaît pas ou ne les comprend pas, et celui qui a une démarche de fraude. Aux Etats-Unis, la nouvelle démarche est mise en relation avec l'importance du tax gap, c'est à dire de l'écart entre l'assiette fiscale estimée et le produit de l'impôt réellement recouvré par l'administration.
Ce souci d'un renforcement de la qualité de l'assistance fournie par l'administration et de la diversification des services rendus est appréciable, même s'il conduit à opérer entre les contribuables des distinctions dont certains craignent qu'elles puissent être contraires à nos principes républicains.
Pourtant, cette distinction entre trois catégories de contribuables, et à l'intérieur de ces catégories, entre ceux qui s'exécutent volontairement de leurs obligations et les autres, n'apparaît ni choquante ni contraire au principe d'égalité devant la loi, dès lors que l'on est en présence de personnes dont il faut convenir qu'elles se trouvent objectivement dans des situations de fait très différentes.
Elle apparaît même nécessaire dès lors qu'elle permet à l'administration de fournir un service adapté et de qualité à l'ensemble des contribuables, ce qui représente un progrès notable par rapport à la situation actuelle où les seules entreprises d'une certaine taille et les particuliers les plus fortunés peuvent s'offrir les services des conseillers fiscaux les plus habiles, ainsi que le constate l'administration lorsqu'elle doit exercer la procédure de répression des abus de droit.
Ainsi, votre Rapporteur partage-t-il la philosophie de la réforme engagée et considère avec un grand intérêt, dans leurs grandes lignes, ses conséquences en termes de réorganisation. S'agissant des mesures de détail, il ne lui appartient naturellement pas, à ce stade, de se prononcer.
La question de la maîtrise des coûts est à l'arrière-plan des opérations de réorganisation envisagée.
Les travaux de la mission précitée montrent que le taux d'intervention, qui est calculé en rapportant le coût net des missions fiscales des administrations aux recettes fiscales nettes encaissées, est supérieur en France à ce qu'il est chez nos principaux partenaires, sur le fondement des données relatives à l'année 1997.
Sur la base de cet indicateur, on peut en effet distinguer : les administrations les moins coûteuses, celles des Etats-Unis et de la Suède avec respectivement un coût de 0,49 % et 0,52% des recettes encaissées ; les administrations se situant autour du point médian de 1%, avec l'Irlande (0,83%), l'Espagne (0,89%), le Canada (1,05%), le Royaume-Uni (1,12%) et les Pays-Bas (1,23%) ; les trois pays où le taux d'intervention est le plus élevé, l'Italie (1,52%), la France (1,60%) et l'Allemagne (1,71%). La moyenne est de 1,10%. Votre Rapporteur considère que ces comparaisons doivent être faites avec beaucoup de circonspection. Sa mission, dont ce n'était pas l'objet, ne lui a pas permis de se faire une opinion fondée sur l'efficacité des administrations étrangères qui permettrait d'établir un rapport éventuel entre l'efficacité et les coûts.
Le graphique suivant récapitule ces données :
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Recettes prises en compte : impôts et cotisations sociales, sauf pour l'Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni (impôts seulement) / France : DGI + CP (ACOSS exclue).
Source : Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie.
Les facteurs explicatifs de ces divergences ne sont pas faciles à distinguer, même si l'on peut évoquer, comme le fait avec prudence la mission, le type d'impôts gérés, tant il est certain que la retenue à la source est un facteur d'économie, et la productivité du système fiscal. Il faut également évoquer l'implantation territoriale de l'administration fiscale, la France disposant d'un réseau très dense. La mission note ainsi qu'un indicateur reconstitué prenant en compte les impôts et les cotisations sociales permettrait de situer notre pays à 1,13%.
On constate néanmoins que notre pays se situe à un niveau plus élevé que celui de nos principaux partenaires.
Cette question des coûts de l'établissement et du recouvrement de l'impôt appelle de la part de votre Rapporteur trois observations :
- si la réduction des coûts ne doit pas constituer l'objectif premier de la réforme des administrations fiscales, il ne faut pas pour autant rejeter une réforme, dont votre Rapporteur a déjà souligné la légitimité sur le plan philosophique et intellectuel, pour le seul motif qu'elle permettrait de diminuer le coût de l'établissement de l'assiette et du recouvrement de l'impôt;
- les effectifs libérés par l'augmentation de l'efficacité du service peuvent être consacrés à des redéploiements de personnels au profit des services en charge des opérations du contrôle fiscal. C'est l'intérêt de l'administration, puisque, ainsi que l'a montré votre Rapporteur dans le cadre de son rapport d'étape précité, un emploi supplémentaire dans un service en charge du contrôle fiscal « rapporte » en termes de rappels de droits précédemment éludés. Il conviendra ainsi de veiller à ce qu'une partie des gains d'efficacité se traduise par des redéploiements de personnels en faveur des opérations de contrôle fiscal ;
- l'augmentation de l'efficacité des services fiscaux peut permettre d'accroître les moyens consacrés à d'autres actions de l'Etat, telles que l'éducation nationale, car il est nécessaire, pour la légitimité de l'impôt, qui reste une obligation pas toujours très bien perçue par l'opinion, de ne pas risquer d'accréditer l'idée que l'administration qui les perçoit serait gérée, en connaissance de cause, d'une manière peu efficace et dispendieuse.
Avant de clore sur ce point, votre Rapporteur tient à préciser qu'il ne se prononce pas sur la question de savoir si le recouvrement spontané de l'impôt doit être effectué par le service d'assiette et le recouvrement forcé, après contrôle fiscal, par un service spécialisé, comme c'est souvent le cas à l'étranger, ainsi que l'a rappelé la mission précitée de l'inspection générale des finances. Il considère que cette question, qui conduit à remettre en cause la dichotomie entre la direction générale de la comptabilité publique et la direction général des impôts, ne relève pas, à ce stade, de la mission qui lui a été confiée.
II.- LA RÉORIENTATION DES MODALITÉS DU CONTRÔLE FISCAL
A.- LE RECOURS À L'ANALYSE DE RISQUE : UNE INNOVATION APPRÉCIABLE
Ainsi que vient de le rappeler votre Rapporteur, le principe de base sur lequel repose la modernisation des administrations fiscales est celui de la distinction entre les contribuables scrupuleux qui se conforment spontanément, avec l'aide de l'administration fiscale, à leurs obligations, et ceux qui ne s'y conforment pas.
Cette summa divisio, selon les termes même du rapport précité établi par l'inspection générale des finances, conduit ainsi à distinguer les contribuables dits « conformes », qui déclarent leurs revenus et payent sans difficulté leurs impôts, et les contribuables « non conformes », voire malhonnêtes, qui vont de fait utiliser les failles ainsi que l'extrême complexité du système fiscal, pour éluder le paiement de l'impôt.
Elle permet ainsi de procéder à une réorientation de l'essentiel des moyens du contrôle fiscal vers les contribuables présentant le risque le plus important et à ne pas procéder à des opérations de contrôle lourdes pour les contribuables scrupuleux.
Naturellement, cette concentration de moyens nécessairement limités de l'administration sur les contribuables présentant un risque fiscal ne conduit pas à ne pas prévoir de contrôle sur les populations ne présentant pas de risque, mais à effectuer essentiellement des contrôles sur pièces ou quelques contrôles externes limités. Il s'agit bien d'une distinction qui a des conséquences non en termes de statut du contribuable, mais en termes de fréquence et d'importance des contrôles.
C'est une logique de renforcement de la portée du contrôle fiscal.
En pratique, cette nouvelle approche en termes d'analyse de risque intervient à deux niveaux.
S'agissant de la programmation, elle permet de consacrer d'importants efforts aux secteurs qui présentent des potentialités de fraude importantes.
S'agissant des interventions auprès de contribuables, le recours à cette démarche autorise, dans le cadre des orientations générales de la programmation du contrôle fiscal, une démarche de qualité fondée sur une analyse du risque individuel que présente le contribuable sur le plan fiscal et la surveillance de ce risque. Ce risque est apprécié en termes de pertes de recettes pour l'administration fiscale.
Grâce aux moyens informatiques, il est possible de procéder à une analyse de ce risque individuel sur deux plans également : d'une part, au niveau du comportement du contribuable vis-à-vis de ses obligations déclaratives, et, s'agissant des entreprises, de leurs dirigeants, éventuellement ; d'autre part, au niveau de la solvabilité du contribuable et de son comportement passé en termes de paiement de l'impôt et de respect de ses engagements lorsque des facilités lui ont été offertes par l'administration (respect des délais de paiement ou des plans de règlements etc.). La logique du dispositif est donc d'assurer un lien entre le contrôle fiscal et le recouvrement.
L'analyse de risque permet ainsi de mieux sanctionner les comportements délictueux en permettant un véritable suivi du contribuable défaillant.
Sur le plan des moyens, cette démarche nécessite de mettre à la disposition des vérificateurs des bases de données importantes et fiables qui fournissent des informations sur le contribuable
On ne peut que se féliciter de cette nouvelle approche du contrôle fiscal qui repose en fait sur la mise en _uvre de l'évidence selon laquelle le contrôle fiscal doit être par priorité orienté en direction des secteurs économiques et des contribuables à risques, et même, des contribuables à risque parmi les secteurs économiques à risque.
Les expériences étrangères confirment que le recours à l'analyse de risque permet de renforcer la qualité du contrôle fiscal et l'amélioration du recouvrement de l'impôt après contrôle fiscal.
Aux Pays-Bas, l'administration fiscale utilise ainsi, pour les entreprises, un modèle dit de maintien du droit, qui repose sur l'analyse du risque.
Une analyse des risques issus de la loi fiscale, combinée avec une analyse du risque fiscal de l'entreprise compte tenu de son activité et de ses modalités de fonctionnement (on parle de groupe de « clients » homogènes), et avec une prise en compte du comportement fiscal de l'entreprise et de ses dirigeants, permet de définir la classe de risque de l'entreprise.
Le résultat de cette analyse, combiné avec le calcul de la somme dite WOLB représentative de la contribution annuelle de l'entreprise au Trésor, permet d'affecter celle-ci à une catégorie d'attention. Chaque catégorie d'attention relève d'une procédure de suivi spécifique.
Lorsque des signaux supplémentaires sont reçus par l'administration fiscale, traduisant un renforcement du risque, les données relatives au contribuable sont mises à jour.
En ce qui concerne le risque financier, à savoir la gestion de la dette globale du contribuable et le suivi de son dossier individuel, les procédures suivies à l'étranger conduisent à attribuer au contribuable une note de risque, de la même manière que les institutions financières à l'égard de leurs débiteurs.
Au-delà, le recours à l'analyse de risque présente huit avantages, fort appréciables aux yeux de votre Rapporteur.
En premier lieu, il permet une stratégie de dissuasion dont on peut penser qu'elle a tout lieu d'être efficace, puisqu'elle permet d'atteindre l'objectif final d'une administration chargée du contrôle fiscal, qui n'est pas de sanctionner pour sanctionner, mais de faire passer les contribuables de la catégorie des contribuables peu scrupuleux ou « non conformes » à celle des contribuables probes ou « conformes ». L'intérêt objectif d'un contribuable étant son maintien dans une catégorie jugée sans risque et de cesser de faire partie de la catégorie à risque, il est donc fortement incité à s'acquitter parfaitement de ses obligations.
En deuxième lieu, le recours à l'analyse de risque respecte les principes de bases de la démarche de contrôle fiscal, laquelle consiste à réprimer les comportements frauduleux pour des raisons non seulement morales, mais également économiques car ces comportements faussent la concurrence, à assurer le rappel des droits éludés pour des raisons budgétaires et à dissuader le contribuable de frauder.
En troisième lieu, la démarche assure une réactivité importante de l'administration fiscale lorsque le risque augmente. Des informations supplémentaires peuvent, en effet, conduire à changer un contribuable de catégorie de risque, et montrer la nécessité d'un contrôle fiscal, lequel peut être effectué avant que la dette fiscale ne prenne trop d'importance et ne devienne irrécouvrable.
En quatrième lieu, la logique de la démarche conduit à adopter une vision d'ensemble de la situation du contribuable et à assurer ainsi un lien entre le contrôle fiscal et le recouvrement des droits rappelés, ce qui permettrait d'éviter les difficultés actuelles, où l'autonomie de la logique du contrôle fiscal et l'absence de préoccupation quant au recouvrement entraîne une véritable course à la multiplication des rappels irrécouvrables.
Cette liaison permettra de donner une plus grande signification aux statistiques du contrôle fiscal.
En cinquième lieu, la démarche retenue ne permet pas de nourrir de crainte pour les libertés publiques dès lors que l'utilisation des moyens informatisés intervient dans le respect des règles générales protectrices des données individuelles, notamment dans le respect des règles assurant le « droit à l'oubli ». L'élimination de données anciennes doit ainsi être prévue.
En sixième lieu, elle renforce la légitimité du contrôle fiscal, dès lors que celui-ci est statistiquement orienté vers la fraude et que le contribuable sait que le facteur d'arbitraire est réduit au minimum.
En septième lieu, cette démarche n'apparaît pas contraire au principe de l'égalité devant l'impôt dès lors qu'elle traite différemment non pas deux contribuables identiques, mais des contribuables qui se trouvent dans des situations différentes en fonction de critères objectifs.
En huitième et dernier lieu, le recours à l'analyse de risque permet de procéder à une adaptation des modalités du contrôle fiscal aux enjeux et aux situations qui doit conduire à diversifier les modes d'intervention.
Cette adaptation appelle deux observations.
D'une part, elle permet d'introduire une certaine souplesse dans le plan de charge annuel du vérificateur, chaque intervention auprès d'un contribuable pour une opération de vérification étant pondérée en fonction de l'enjeu fiscal et financier que représente le contribuable
D'autre part, elle présente un intérêt appréciable pour le contrôle des petites entreprises. Ce point doit être développé à part, compte tenu de son importance.
B.- L'ADAPTATION DES PROCÉDURES DE CONTRÔLE EXTERNE
DES PME : UNE MESURE CONFORME AUX ENJEUXLe rapport précité établi par l'inspection générale des finances n'est pas le premier à faire état de la nécessité de procéder à une analyse de risque, en matière de contrôle fiscal.
Le rapport du groupe de réflexion sur le contrôle fiscal des petites et moyennes entreprises, présidé par M. Jean-Michel Roy, directeur des services fiscaux des Yvelines, remis en août 1997, préconisait en effet ce recours à l'analyse de risque.
Sur cette base, il recommandait la création d'une procédure spécifique de vérification des petites entreprises, ayant noté que « la direction générale des impôts a une bonne performance en couverture du tissu et en résultat des entreprises les plus importantes et que sa ligne d'action doit être certainement corrigée pour les PME-PMI et les TPE à l'égard desquelles le taux de couverture est faible ».
Il préconisait ainsi, d'une part, de diversifier les modalités d'intervention de l'administration, d'autre part, d'assurer une prise de contact rapide entre l'administration fiscale et l'entreprise et, enfin, de définir une modalité particulière de vérification des petites entreprises, afin d'éviter la multiplication des contrôles lourds, prenant acte de ce que, parmi les procédures de contrôle externe, la procédure de vérification de comptabilité destinée aux petites entreprises définie en 1982, la vérification-diagnostic (VEDI), était en voie de dépérissement.
Suivant ces recommandations, l'administration a ainsi mis en place la procédure de la vérification générale des petites entreprises, la VGPE, méthode de vérification applicable en l'absence de risque présumé et, en priorité, pour les bénéfices non commerciaux (BNC) et les entreprises nouvelles.
La VGPE consiste à vérifier un seul exercice, à établir un diagnostic à chaque étape du contrôle et à étendre la vérification à l'ensemble de la période si un risque est détecté.
Ainsi, avec la VGPE, les procédures de contrôle fiscal externe des entreprises offrent un ensemble d'instruments diversifiés et adaptés.
D'une part, la procédure d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP), destinée en principe aux particuliers, peut être engagée lorsque la fraude ne peut être appréhendée qu'au niveau du revenu du dirigeant ou de l'exploitant de l'entreprise.
D'autre part, s'agissant des différents types de vérifications de comptabilité, on observera que, pour ces mêmes PME, plusieurs procédures peuvent être mises en _uvre :
- la vérification simplifiée (VS), lorsqu'un seul impôt est contrôlé ;
- la vérification ponctuelle (VP), s'il s'agit de vérifier un point précis ;
- la vérification générale (VG), dans les situations à risque (entreprise défaillante ou clandestine, déficit reportable sur plusieurs exercices, antécédents frauduleux du dirigeant ou de l'exploitant, entreprise domiciliée) ou pour les sociétés appartenant à un groupe ;
- et la VEDI, le cas échéant, pour les entreprises relevant du régime du réel simplifié, procédure allégée dans le cadre de chacun des types de vérification précédemment évoqués.
Votre Rapporteur se félicite de la mise en place de la procédure de la VGPE qui permet d'augmenter la présence de l'administration fiscale sur le terrain, et ainsi la fréquence des contrôles sans pour autant créer d'obligation lourde pour le contribuable. Ainsi qu'il l'avait noté dans le cadre de son rapport d'étape précité, cela permet de dédramatiser l'opération de contrôle fiscal.
Indéniablement les nouvelles modalités du contrôle fiscal, inspirées des exemples étrangers, constituent une initiative à soutenir.
Cependant, ce soutien accordé par votre Rapporteur ne saurait être un soutien aveugle.
En effet, s'il s'avérait qu'elle était gérée d'une manière insuffisamment dynamique, que les mises à jour étaient insuffisantes et que les appréciations du risque n'étaient pas fiables, la nouvelle démarche du contrôle fiscal ne manquerait pas de tourner au désavantage des contribuables identifiés une fois pour toutes, sur la foi d'informations parfois erronées, comme des contribuables à risque, et offrirait des possibilités de fraude difficiles à détecter de la part de contribuables qui auraient eu la chance d'échapper à cette classification.
Sur un autre plan, l'exemplarité du contrôle fiscal fait qu'il convient de veiller à ce que, par l'un de ces effets pervers dont la démarche administrative a parfois le secret, les contrôles ne se focalisent pas sur les seuls contribuables solvables. Le taux de recouvrement s'améliorerait certes, mais artificiellement, ce qui donnerait l'image fausse d'un renforcement de l'efficacité du contrôle fiscal. Mais, en contrepartie, on pourrait craindre que la méthode n'incite les contribuables à réduire, en apparence, leur solvabilité afin d'échapper à la vigilance des services fiscaux, ce qui permettrait à des fraudes importantes d'échapper à l'action de l'administration. L'exercice du contrôle fiscal sur des entreprises insolvables a, dans certains cas, une vertu pédagogique qu'il ne faut point méconnaître.
Si ces risques se réalisaient, il y aurait dans ces deux cas des dysfonctionnements graves du service administratif.
A cet égard, la meilleure garantie consiste à maintenir une présence fiscale, adaptée, certes, mais réelle, sur l'ensemble du corps social.
III.- LES PROPOSITIONS DE VOTRE RAPPORTEUR POUR FACILITER PLUS ENCORE L'ACCÈS DU CITOYEN À LA LOI FISCALE ET À L'ADMINISTRATION FISCALE
En complément des actions du Gouvernement en faveur d'un renforcement de la citoyenneté de l'impôt, votre Rapporteur a été conduit à envisager trois types de mesures, qui n'ont pas l'ampleur de celles qui viennent d'être évoquées, mais sont suffisamment consensuelles pour ne pas appeler de longues observations.
A.- L'AMÉLIORATION DE LA TRANSPARENCE DU RECOUVREMENT DES RAPPELS D'IMPOSITION
Les nouvelles orientations du contrôle fiscal, qui viennent d'être évoquées, doivent assurer une meilleure liaison entre les rappels d'imposition et le recouvrement de ces rappels.
Il importe donc de modifier la teneur des informations communiquées au Parlement, chaque année, dans le cadre du fascicule Evaluation des voies et moyens annexé au projet de loi de finances.
Deux mesures sont ainsi envisageables :
- d'une part, améliorer la transparence sur les modalités selon lesquelles interviennent la transaction, la remise et la modération en matière fiscale, pour les droits rappelés à l'issue de procédures de contrôle fiscal. Le recours à de telles procédures devrait être plus limité dès lors que les opérations de contrôle fiscal seraient plus fiables.
Votre Rapporteur juge ainsi nécessaire de prévoir, dans le cadre du fascicule précité, un rapport au Parlement sur le montant des cotes totalement ou partiellement soldées après contrôle fiscal en raison d'une mesure gracieuse ainsi que, dans le respect du secret fiscal et de manière anonyme, sur les motifs ayant conduit à réduire le montant des droits rappelés, au-delà de certains montants définis par type d'impôt, par dossier (cote, affaire ou exercice, selon la terminologie de l'administration).
Il considère également que le montant des transactions, remises et modérations accordées par chacune des autorités compétentes, ministre, directeur général, directeur régional, directeur départemental, devrait faire l'objet d'une présentation détaillée.
- d'autre part, créer un indice de performance du contrôle fiscal établi chaque année, sur la base du rapprochement entre le montant des rappels et des recouvrements, par exercice auquel les rappels et les recouvrements sont rattachés.
Ces informations sont en effet nécessaires pour comprendre des chiffres relatifs aux résultats du contrôle fiscal qu'il est sinon, lorsqu'ils sont extraits de leur contexte et présentés sans informations complémentaires, impossible d'interpréter correctement.
B.- L'AMÉNAGEMENT DES PROCÉDURES DE MÉDIATION LORS DES OPÉRATIONS DE CONTRÔLE FISCAL
Afin de faciliter la résolution des conflits entre l'administration fiscale et les contribuables, lors des opérations de contrôle fiscal, on peut envisager d'améliorer les procédures d'arbitrage existantes.
Actuellement, celles-ci sont fondées sur l'intervention d'un interlocuteur - départemental pour le cas général, mais il existe également des interlocuteurs régionaux ou des interlocuteurs pour les grandes directions nationales -, qui est un fonctionnaire susceptible d'entendre le contribuable au nom du directeur des services fiscaux compétent.
Le contribuable est également informé sur les possibilités de recours hiérarchique dont il dispose pendant les opérations de vérification et de redressement, la Charte du contribuable vérifié prévoyant que non seulement le nom et les coordonnées du supérieur hiérarchique direct du vérificateur mais également celles de l'interlocuteur sont mentionnées sur l'avis de vérification.
Le recours auprès de l'interlocuteur et le recours hiérarchique peuvent être menés conjointement, à tout moment de la procédure de contrôle externe, pendant la vérification comme pendant les opérations de redressement.
La saisine de l'interlocuteur, comme celle du supérieur hiérarchique direct du vérificateur, a un effet suspensif, dans la mesure où aucune imposition supplémentaire, aucun rappel, ne peut être mis en recouvrement tant qu'il n'a pas été statué sur les recours engagés.
Ce dispositif est satisfaisant, car il introduit une double possibilité de recours.
Deux améliorations peuvent cependant être envisagées.
D'une part, on peut souhaiter renforcer le rôle d'arbitre de l'interlocuteur en prévoyant que l'exercice de cette fonction serait confié à des personnalités indépendantes de l'administration fiscale, par exemple des magistrats honoraires.
D'autre part, on doit envisager d'obliger l'administration à motiver de manière détaillée les raisons pour lesquelles elle ne suivrait pas l'arbitrage qui serait rendu par l'interlocuteur départemental.
Ces deux propositions, qui inciteront l'administration à faire preuve d'une plus grande pédagogie lors de l'exercice des opérations de contrôle fiscal, vont dans le même sens que les différentes mesures actuellement mises en _uvre, fondées sur l'incitation du contribuable à respecter volontairement ses obligations fiscales, compte tenu de la qualité de l'aide qui lui est apportée par l'administration.
C.- LE RENFORCEMENT DE LA FORMATION ET DE L'INFORMATION DU CITOYEN SUR LA RÈGLE FISCALE
1.- La mise en _uvre de campagnes d'information sur les dispositions adoptées dans les lois de finances
La loi de finances de l'année donne lieu à une information passablement inégale. Le dépôt du projet de loi initial fait l'objet d'un large écho dans la presse, les temps forts du débat parlementaire également, lorsque des dispositions particulièrement marquantes sont adoptées.
En revanche, l'adoption définitive de la loi par les assemblées ne fait pas l'objet d'une large publicité, ce qui nuit à la compréhension, par l'opinion publique, des dispositions réellement et définitivement adoptées. Souvent, le dispositif initial est mieux connu que le dispositif définitif.
Afin de faciliter la compréhension de l'évolution de la loi fiscale par le citoyen, il serait nécessaire de renforcer la communication sur les principales modifications des règles fiscales prévues par la loi de finances, ainsi que les mesures nouvelles, en matière de fiscalité des particuliers et d'imposition des petites entreprises.
2.- L'enseignement des éléments de base sur les impôts et la fiscalité dans les écoles, dans le cadre de l'instruction civique
Pour un grand nombre de personnes, la règle fiscale est inaccessible faute de maîtriser les bases et les principes essentiels régissant les principaux impôts et taxes, et d'opérer une distinction claire entre, d'une part, les impôts, d'autre part, les cotisations sociales et, enfin, les prélèvements et impositions divers tels que la redevance audiovisuelle.
De même, la notion de fraude, c'est à dire de man_uvre illégale et réprimée conduisant à réduire le montant de l'impôt payé, mais pas de l'impôt légalement dû, n'est pas distinguée de celle de planification fiscale ou d'optimisation fiscale, laquelle consiste à utiliser au mieux les différentes options proposées par le législateur, dans le but de ne pas retenir la solution la plus lourdement taxée.
Dans la perspective de l'affirmation indispensable de la citoyenneté, il apparaît ainsi nécessaire d'expliquer très tôt dans l'enceinte scolaire la véritable légitimité de l'impôt.
Il appartient donc à l'enseignement élémentaire et à l'enseignement secondaire de donner les premiers éléments relatifs à la compréhension de la fiscalité, et les actions engagées sur ce point dans le cadre de l'instruction civique doivent être renforcées. Un effort doit être également engagé auprès des enseignants, afin de leur permettre, à eux aussi, de s'orienter dans l'écheveau des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques.
Nul ne saurait ne pas souscrire à cette proposition dont l'objectif est de développer le sens civique et le respect de la citoyenneté de l'impôt.
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